Résidence de recherche et création à La Havane

 

 

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Estela López Solís a réalisé une résidence de recherche et création à La Havane,  durant 3 semaines de l’automne 2019, grâce au jumelage entre le centre d’artistes DARE-DARE (Montréal) et le centre Artista X Artista (La Havane), dans le cadre des Rencontres en art actuel Montréal~Habana Encuentros de arte contemporáneo.

Lors de sa résidence, l’artiste a investi l’espace public de la ville, par une série de rencontres et de déambulations, ainsi que par des actions à faible coefficient de visibilité. Sa recherche avait comme point de départ, un intérêt par les traces matériels et immatériels de l’esclavage dans la ville. Une autre ligne d’exploration l’amenait à se questionner sur les rapports qui pouvaient y avoir avec la vie insulaire, les gens rencontrés lors de sa résidence. Une série de photographies, vidéos, dessins, oeuvres textiles et récits issus de ses explorations témoigneront ultérieurement de son parcours de recherche.

Dans le cadre de cette résidence, Estela López Solís a aussi présenté l’exposition solo Acechantes (Hantises) à Artista X Artista, et elle a réalisé la performance ¿Cómo te voy a olvidar? / Sanar el pasado (Comment pourrais-je t’oublier? / Guérir le passé), au Centro de Desarrollo de las Artes Visuales, à La Havane. De plus, pendant six jours supplémentaires à sa résidence à La Havane, elle a participé au III Taller Casa Tomada, un projet de Casa de las Américas, dans le cadre duquel, elle a réalisé le parcours performatif et participatif El hilo y la cadena (Le fil et la chaîne), à la ville de Baracoa.

La réalisation de cette résidence a été possible grâce aux Rencontres en art actuel Montréal~Habana Encuentros de arte contemporáneo, un projet d’échanges visant la diffusion, la production et les dialogues entre artistes et travailleurs culturels cubains et montréalais.

 

Vue d’une action performative furtive de Estela López Solís, Baracoa, 2019.

 

Vue d’une action performative furtive de Estela López Solís avec Alexis Placencia, Regla, 2019.

 

L’artiste remercie l’historien Alexis Placencia pour sa précieuse collaboration dans ce projet de recherche et création à La Havane.

 


 

 

Photo : Martin Dufrasne

Acechantes (Hantises)
Exposition, Artista X Artista, La Havane

Intéressée à générer un dialogue entre son travail textil et l’espace qui l’accueillerait pendant trois semaines, l’artiste a abordé ce projet d’exposition solo – au debut de sa résidence – à partir d’une série d’installations. Dans quatre de ces installations (Intruse, Je suis invisible, J’ai tellement peur et Impostrice), ses pièces brodées dialoguaient avec l’espace architectural et avec le mobilier de Artista X Artista, ce qui générait des nouvelles lectures des oeuvres textiles réalisées auparavant. Deux autres oeuvres faisaient partie de l’exposition : une sculpture textile (Tout perdre / Toutes mes erreurs deviendront visibles) et une installation (Échouer complètement / En attente de ce qui n’arrivera jamais) créant un rapport entre le mobilier du lieu et une écriture réalisée par l’artiste sur un des murs de la salle.

Écrites sur un mur ou brodées à la main sur des rideaux en voile usagés (blanc sur blanc ou noir sur noir), des phrases exprimant des pensées sombres étaient dévoilées par chaque installation. Ces phrases avaient été recueillies par l’artiste lors des divers échanges avec le public de sa performance Hantises (Centre Culturel de Notre-Dame-de-Grâce, Montréal, Québec, 2017). Elles semblaient habiter l’espace d’une façon fantomatique.

 

 

Photos : Eddy Garaicoa.

 

Les oeuvres textiles faisant partie des installations ont été réalisées avec le soutien du Conseil des arts du Canada.

 


 

¿Cómo te voy a olvidar? / Sanar el pasado
(Comment pourrais-je t’oublier? / Guérir le passé)
Performance, Centro de Desarrollo de las Artes Visuales, La Havane

Dans cette performance, l’artiste profère en jargon mexicain, une injure chargée de mépris classiste et raciste. Avec celle-ci, elle dévalorise la Cumbia, un genre de musique populaire joué, chanté et dansé dans l’Amérique Latine. Elle entame après, une suite d’actions symboliques qui cherchent à contraire cet injure en dévoilant les racines de la Cumbia dans la culture des esclaves noirs, pendant l’époque coloniale. Cette oeuvre nous ramène ainsi, aux liens entre des pratiques de discrimination contemporaines et des pratiques d’exploitation économique qui ont laissé des blessures – encore ouvertes  – dans nos sociétés. 

La performance ¿Cómo te voy a olvidar? / Sanar el pasado, s’inspire de la chanson Cómo te voy a olvidar (1996) de Jorge Mejía Avante, interpreté por le groupe mexicain Los Ángeles Azules, ainsi que d’un texte extrait d’une interview réalisé à Jesús Cruzvillegas (parue dans le catalogue d’exposition Autodestrucción 2, de Abraham Cruzvillegas, UNAM, Mexico, 2014).

¿Cómo te voy a olvidar? / Sanar el pasado a été présentée au Centro de Desarrollo de las Artes Visuales de La Havane, le 1er novembre 2019, dans le cadre du vernissage de l’exposition de groupe Rencontres en art actuel Montréal~Habana Encuentros de arte contemporáneo.

 

 

 

 

 

 

Photos : Martin Dufrasne et Eddy Garaicoa.

 

¿Cómo te voy a olvidar? / Sanar el pasado. Extrait de la documentation vidéo de la performance au Centro de Desarrollo de las Artes Visuales, La Havane, 1er novembre 2019. Caméra : Aaron Pollard.

 

L’artiste remercie Sylvie Tourangeau et Martin Dufrasne pour leur collaboration artistique.

 


 

El hilo y la cadena / Deambulaciones (Le fil et la chaîne / Déambulations)
Action performative et participative, III Taller Casa Tomada, Baracoa

Dans le cadre de sa résidence de recherche et de création à La Havane et à l’invitation de Casa de las Américas, Estela López Solís s’est jointe au III Taller Casa Tomada : un projet multidisciplinaire et nomade dans lequel, pendant six jours, une trentaine d’artistes et de travailleurs culturels d’origine latino-américaine ont échangé autour des notions de terre et de territoire, avec les communautés de plusieurs provinces cubaines.

À partir des recherches développées lors de sa résidence à La Havane, l’artiste a conçu le projet El hilo y la cadena / Deambulaciones. Ceci consistait à la réalisation d’un parcours performatif et participatif à Baracoa, première ville fondée sur l’Île, avec la collaboration de l’historien Enrique Floirian et la participation d’un public formé principalement par des habitants de cette ville.

Dans El hilo y la cadena / Deambulaciones, un petit groupe des gens habitant à Baracoa et intéressés à l’histoire de leur ville se sont rassemblés afin de suivre un parcours orchestré par l’historien Enrique Floirian, à la demande de l’artiste. Lors des arrêts ponctuels dans des lieux ayant une charge historique coloniale importante, tel que le Fort Matachín, le Parc La Victoria ou la Cathédrale de Baracoa, Enrique Floirian racontait aux gens l’histoire de la fondation de la ville et les particularités du passé esclavagiste de ce territoire cubain. Dans les mêmes lieux d’arrêt, l’artiste a réalisé une série d’actions performatives en résonance avec ce discours historique. Elle énonçait des bribes de récits sensibles et poétiques portant sur la mémoire personnelle ou collective, en lien avec l’esclavage ou le territoire et elle posait des gestes par lesquels, une série d’objets matériels devenaient des multiples objets symboliques reliés à ces récits. Ainsi, un cahier devenait une baraque et ensuite, les vagues de la mer; un ensemble de fils se transformaient en coeur, en sang, en chaînes ou en carte géographique. Certains des participants ayant reçu de l’artiste des enchevêtrements de fils rouges, les ont porté et ont essayé de les défaire tout au long du parcours. Au coeur de chaque enchevêtrement, il y avait un petit papier sur lequel était écrit un extrait poétique de récits traitant sur l’esclavage, que les participants étaient invités à partager avec le groupe, au moment où ils trouveraient une résonance avec les discours de l’historien ou de l’artiste, avec les actions performatives ou avec les lieux parcourus. Ponctuellement lors de cette traversée, avec générosité et spontanéité, la poète Gertrudis Labaceno, de Baracoa a partagé au groupe certains de ses poèmes reliés à l’histoire des noirs et au territoire. 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : Cristina Figueroa Vives.

 

L’artiste remercie Enrique Floirian pour sa collaboration dans ce projet, Ernesto Teuma et Lizbeth Román pour leurs apports intellectuels et poétiques, ainsi que Gertrudis Labaceno et tous ceux qui ont participé activement à ce parcours performatif.

 


 

Estela López Solís remercie Martin Dufrasne, Lillebit Fadraga, Cristina Figueroa Vives, Gretel Medina, Solveig Font, Ximena Holuigue, Marian García, Ernesto Yoel Ramírez Cascaret, DARE-DARE, Artista X Artista, Casa de las Américas, Centro de Desarrollo de las Artes Visuales pour leur précieuse collaboration, ainsi que Nahela Hechavarría, Maité Hernandez Lorenzo, Victor Manuel Piverno Barrios et les artistes et travailleurs culturels participant aux Rencontres en art actuel Montréal~Habana Encuentros de arte contemporáneo et au III Taller Casa Tomada, pour la richesse des échanges et des moments partagés.

 

Luces en la ciudad (y también en la carretera). [PDF] Nahela Hechavarría, laventana.casa.cult.cu, novembre 2019. Texte en espagnol.

III Taller Casa Tomada. Tierra y territorio del pensamiento y la creación joven en las Américas [PDF] Casa de las Américas, octobre 2019. Texte en espagnol.